M.I.N.F. ?

Tout d’abord, balayons tout doute quant au choix de ce patronyme. Lassés d’entendre que la pop music n’était que pur divertissement – et même si c’est ce qu’elle doit aussi être – les trois garçons de Music Is Not Fun ont revendiqué leur droit de « croire encore à la puissance des chansons qui peuvent bouleverser toute une vie ». Et la musique, c’est aussi une lutte, non
seulement face à la crise ambiante mais aussi face aux amplis capricieux qui viennent écraser un pied en pleine balance, comme le raconte Guillaume ! Auteur, chanteur et guitariste, celui-ci mène d’une voix de maître M.I.N.F. pour les intimes – et bientôt pour la France entière.

Lyon, 2006. Guillaume (chant et guitare), Julien (guitariste) et Valentin (bassiste) se rencontrent en toute logique lors d’un concert et se lient d’amitié. Très vite, Music Is Not Fun voit le jour, et les trois musiciens ne cessent dès lors d’enchaîner les lives, jusqu’à un premier album anglophone bien nommé British Rendez-Vous. Portée par le hit multi-vitaminé « Do you love my shoes? » et des accents farouchement français, cette « carte postale de l’Angleterre et de ses filles en mini-jupes » (dixit Music Is Not Fun) leur vaut une attention toute particulière des médias et d’un public qui les découvre en première partie des B.B. Brunes, des Wombats ou des Rascals.
Résultat : Music Is Not Fun est très vite soutenu par SFR qui l’élut groupe de l’année 2009 et par Deezer, dont ils remportent le Prix Adami-Deezer
de Talents.

Redonner ses lettres de noblesses à la pop tout en évitant le piège du snobisme, assumer son ambition avec humour, se permettre de reprendre « Le Chanteur » de Balavoine sur scène : voilà Music Is Not Fun. Pas de tabous, pas de regrets, pas de temps morts, pas de facilité. Juste une pop immédiate, jouissive et mémorable. Aujourd’hui, avec plus d’une centaine de concerts
au compteur et une nouvelle maturité, Music Is Not Fun a trouvé sa voie… en français. En dépit d’un amour immodéré pour les Beatles, les Kinks et autres Blur, le trio se berce depuis l’enfance d’Eli & Jacno, des Rita Mitsouko, de Daho… En témoigne ce Nuit & Jour qui, façonné selon la méthode anglo-saxonne, a été conçu par et pour la langue de Molière. S’inspirant de l’écriture directe d’un Miossec ou d’un Delerm, Music Is Not Fun décline ses thèmes au fil de 12 titres joliment troussés. Conçu au printemps 2011 au studio Melodium, à Paris, Nuit & Jour a bénéficié de la production de Stéphane Bodin et François Marché, alias le duo d’électro-pop Bosco.

Entre chien et loup, entre noir et blanc, entre mélancolie acide et humour enjoué, Nuit & Jour passe par des montagnes russes émotionnelles, survolées par une instrumentation pop et rafraîchissante. « Il y a un côté Aznavour chez
nous, ce rêve de se voir en haut de l’affiche, expliquent-ils. Sans pour autant être arrivistes, sans vouloir faire les poseurs, nous y croyons très fort. Nous assumons d’être fascinés par la capitale, ce Paris si bien décrit par Françoise
Sagan ou Céline, ce Paris aux milles lumières. L’album se devait donc d’être ambitieux, urbain, nourri de fantasmes. » Et qui dit envie dit frustration : les deux leitmotivs de ce disque autofictionnel et auquel il est impossible de ne
pas s’identifier, ne fut-ce que le temps d’un instant.

Et le temps file vite, au gré des mélodies relevées et des rythmiques sémillantes de Nuit & Jour. On passe donc par toutes les saveurs du « Goût des Filles », à la pop sucrée, dont le propos coquin désarçonne les penchants obscurs de Music Is Not Fun. « Les Lieux Sales » évoquent cette mauvaise vie décadente, pourtant si délicieuse, du rock’n’roll tandis que « Nuit & Jour », tube en puissance, tisse un éloge hédoniste de la sensualité. L’impertinente  »Paris » côtoie le romantisme volontairement puéril d’ »Emmène-moi » ou les sensations fortes de « Le Mans » imaginé par Guillaume. En douze morceaux, c’est un portrait d’une jeunesse française biberonnée à la pop british… et à l’énergie de plus en plus contagieuse.

Ni scotché à sa vingtaine, ni impatient d’aborder sa trentaine. Music Is Not Fun, certes, mais on va enfin pouvoir s’amuser.